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Nathanaėl-Yehiel a treize ans

Nathanaël-Yehiel a treize ans



«Et Moïse parla aux chefs de tribus, aux enfants d'Israël, en disant : voici ce qu'a ordonné l'Eternel». Ainsi commence la Parasha de la semaine que Nathanaël a lue pour nous ce matin. Ce verset qui ouvre les commandements relatifs aux voeux n'a pas manqué de surprendre les commentateurs. Les lois relatives aux voeux concernent l'ensemble du peuple. Il aurait donc été normal, à l'instar de nombreux autres exemples dans la Torah, que Moïse s'adresse au peuple directement. Plusieurs solutions ont été proposées pour résoudre ce problème. J'en retiendrai ici deux.

Dans son commentaire, Rashi rapproche ce verset de celui qui ouvre l'exposé de la loi interdisant les «chehoutei houts», les sacrifices que l'on ferait en dehors du camp ou du tabernacle. Il y a donc un lien entre les deux lois, celle des voeux et celle des sacrifices extérieurs. Ce lien est clair : dans les deux cas, il s'agit de protéger le peuple de la division qui résulte de la multiplication des lois ou des rites privés. Un danger existe dès le moment où chacun peut offrir des sacrifices à sa convenance, en fonction de ses états d'âme. Une certaine centralisation du culte est nécessaire pour garantir l'unité du peuple. Pourquoi fait-on des voeux si ce n'est pour s'imposer des obligations supplémentaires non prescrites par la Torah. Il faut réglementer les voeux pour éviter que le peuple ne se divise en sectes. Les chefs de tribus en ont la responsabilité politique et c'est à ce titre que Moïse s'adresse à eux.

Une deuxième explication est proposée par Rabbi Yonathan Eibeschutz dans son commentaire de la Torah. L'histoire des habitants de Gabaon à l'époque de Josué est bien connue. En revanche, on ignore souvent que toute cette affaire commença du vivant de Moïse. C'est à ce moment qu'un accord aurait été signé entre le peuple d'Israël et les habitants de Gabaon. Mais Moïse, par inspiration, par «rouah hakodesh», avait déjà vu qu'il y aurait un problème. Toutefois cela ne lui permettait pas d'empêcher cet accord car il ne suffit pas de savoir par «rouah hakodesh» qu'un accord ne sera pas respecté pour s'opposer à sa signature. Aussi Moïse devait mettre en garde les chefs de tribus. Un engagement politique ne saurait être dénoncé. Les chefs de tribus, garants de la continuité politique de la nation, devront le respecter en dépit des circonstances qui ne manqueront pas de se produire.

D'après ces deux explications, ce sont les chefs de tribus qui sont concernés en premier lieu par les lois des voeux, ceci en raison de la dimension politique qu'il y aurait dans toute parole. Les lois prescrivant le respect de la parole donnée sont la condition du bon fonctionnement de la société, de la nation et même des Nations-Unies.

Dans le verset suivant, Moïse dit: «Si un homme fait un voeu au Seigneur, ou s'impose, par un serment, quelque interdiction à lui-même, «lo yahel devaro kekhol hayotsé mipiv yaassé». Rashi explique que "Lo yahel est équivalent à lo yehalel". Le fondement de la législation sur les voeux est l'interdiction de profaner sa parole. La parole est donc sainte. Cela n'est seulement pas une manière de parler, une facon d'insister sur l'importance du respect de la parole, sans pour autant en donner la raison, ou en en restant à l'idée du verset précédent, celle de la dimension politique de la parole. Il y a ici beaucoup plus. Le verset change en fait de perspective. La parole est vraiment sainte au même titre que le Temple est saint. Qu'est-ce qu'être saint ? C'est, on le sait, être séparé. Il est interdit d'entrer au Temple avec son porte-monnaie car le Temple est en dehors de la vie économique. L'espace du Temple est séparé de l 'espace géométrique. C'est pour cela qu'on n'a pas le droit de le traverser pour raccourcir son chemin. En bref : le saint est séparé du jeu de l'être. La sainteté de la parole ne tient pas aux informations qu'elle transmet. La parole est sainte parce que c'est par elle que s'instaurent les relations personnelles, indépendamment de leur contenu. C'est cette dimension éthique de la parole qui est implicite dans le deuxième verset de la Parasha et que Rashi nous révèle.

Ethique et politique ou encore, religion et Etat sont ainsi les deux domaines par excellence de la parole. Nous avions toujours préservé la dimension éthique malgré la perte de l'indépendance nationale. Nous avons retrouvé la dimension politique avec la restauration de cette indépendance. Mais en rester là serait être dualiste. Il faut un troisième terme, un domaine où le politique et l'éthique se rejoignent. Ce domaine, c'est le droit : au tribunal, la parole se manifeste à la fois dans sa dimension éthique et dans sa dimension politique. Le droit juif nous manque. Sa restauration fera disparaître bon nombre des conflits qui divisent notre société, et la parole du prophète, «Ve haya ba yom ha hou yiheyé Ha shem ehad ou shemo ehad », se réalisera. Nathanaël-Yehiel, puisses-tu mériter de voir ce jour.


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On 6 May 1997, 18:43.