Rabbi Simon fils de Menassia dit : [il est écrit dans la Torah]:
Et les fils d'Israël garderont le shabbat...
Profane à cause de lui un shabbat pour qu'il puisse garder de nombreux shabbats.
Resituons les mots cités dans leur contexte.
Gardez le shabbat car il est saint pour vous... Quiconque fera un travail le jour de shabbat sera mis à mort ; et les fils d'Israël garderont le shabbat pour faire du shabbat une alliance éternelle entre les générations.
Le sens littéral énonce que le shabbat est une loi fondamentale et
éternelle, que sa transgression, au moins en principe, mérite la
mort
. Le paradoxe
et même la provocation du midrach talmudique trouve ici une nouvelle
illustration : c'est ce texte même que Rabbi Simon invoque pour justifier la
transgression du shabbat.
Quelle est la ``lecture'' de Rabbi Simon ? Il ignore délibérément le contexte et isole les mots les fils d'Israël garderont le shabbat, faisant ainsi ressortir une notion implicite, celle du shabbat en général. Le shabbat est une institution en soi. Un shabbat donné n'est qu'une manifestation particulière du shabbat en général.
Ayant dégagé cette notion, Rabbi Simon l'emploie pour donner une nouvelle
fondation au pikouah nefech. Il est justifié de profaner un shabbat
pour sauver quelqu'un car cela lui permettra d'en vivre d'autres. Une
transgression dans l'immédiat assure le respect de la loi à long terme. Il
convient de prendre en compte l'avenir, de ne pas limiter aveuglément son
horizon à l'immédiat. La mise en oeuvre de la loi juive n'est pas la
pratique ponctuelle d'un ensemble de stipulations. Il s'agit
d'un processus temporel qui se déploie dans la durée. Penser à l'avenir,
telle est l'idée de Rabbi Simon
.