Rav Yehouda a dit au nom de Samuel : si j'avais été là-bas, j'aurais dit mon idée qui est meilleure que la leur ; [il est écrit dans la Torah]:
[ces lois], il vivra en elles (vehai bahem) et il ne s'agit pas qu'il meure en elles.
Samuel n'appartient pas au groupe de savants en voyage cités au début de notre texte. Ce groupe était constitué de tannaïms, c'est-à-dire de savants appartenant à la période antérieure à la rédaction de la Michnah (vers 220 de notre ère). Au contraire, Samuel, chef de l'académie babylonienne de Nehardea appartient à la première génération des amoraïms, talmudistes postérieurs à la rédaction de la Michna. La doctrine qu'il met en avant est celle qui sera le plus souvent invoquée par les décisionnaires postérieurs au Talmud. On doit donc considérer qu'elle constitue le fondement principal du pikouah nefech, les idées présentées antérieurement apportant des compléments spécifiques.
Replaçons le verset cité par Samuel dans son contexte avec sa traduction littérale.
L'Eternel parla à Moïse en ces termes : Parle aux fils d'Israël et dis leur : C'est moi l'Eternel qui suis votre Dieu ! Les pratiques du pays d'Egypte où vous avez habité, n'en faites pas de même, et n'agissez pas non plus selon les pratiques et les lois de la terre de Canaan où je vous conduis....Vous garderez mes lois et mes règles de droit dont l'accomplissement procure à l'homme la vie. Je suis l'Eternel.
Ce passage incite au respect des lois de la Torah qui procurent la vie.
Les commentateurs, Rachi notamment, s'en étonnent, puisque quiconque finit
par mourir. Rachi explique que la vie dont il s'agit n'est pas la vie
physique mais la vie éternelle. Il en est de même de Ibn Ezra et (au moins
implicitement) de Rachbam qui montrent que le texte, dès son sens premier,
doit être compris symboliquement
.
Le midrach de Samuel consiste à prendre le mot vie au sens concret du terme, le commandement étant compris non pas comme ce qui procure la vie mais comme ce qui la gouverne. Le commandement est le cadre au sein duquel doit se dérouler la vie du Juif. Avec la ``lecture'' de Samuel, il s'agit de vivre dans le commandement et non grâce au commandement. Commandement défini comme structuration de l'existence humaine.
Ayant dégagé cette notion, il devient aisé de fonder la loi du sauvetage de la vie. Il serait contradictoire avec l'essence même du commandement de le respecter lorsque la vie humaine est en cause. Le commandement venant ordonner la vie, il perd son sens dès lors qu'il se trouve être antagoniste avec elle.